• Chapitre 13

    -Bon… Ne nous emballons pas. Peut-être que mon frère c’est simplement mal exprimé ! dis-je. Oui peut-être voulait-il parler d’une ville souterraine qui détruirait toutes les autres ! 

    Mais, même en le disant, je n’arrive pas à m’en convaincre moi-même. En effet, ce que je raconte est insensé ! Comment une seule ville pourrait en détruire des milliers d’autres ? Et la carte ! Cet immense espace ! Quelque chose d’aussi grand, ça n’existe pas ! 

      D’un autre côté, cette histoire de Surface est tout aussi abracadabrante ! La Surface n’est pas habitable et elle ne le sera sans doute plus jamais ! Mais alors cette carte ? Et les révélations de mon frère ? Trop de mais ! Trop de questions ! Trop de mystères ! Trop de trop !! 

    -Cette histoire n’a aucun sens ! je m’exclame brusquement 

    Aussitôt, toutes les têtes se tournent vers moi. Je rougis, gênée de sentir tant de regards posés sur moi. Je me lève alors et sors du réfectoire, abandonnant June et Christina sans même qu’elles aient compris ce qui m’arrivait. Je remonte tout droit au dortoir, enfile une tenue de sport, prends mon mp4 puis je file hors du militairium. 

      Une fois dehors, je mets mes écouteurs, hausse le volume au maximum et choisis mon groupe préféré. Je me cale sur le rythme et commence mon jogging. Par habitude, je fais toujours le même trajet. J’arrive rapidement à mon escalier « fétiche », celui en haut du quel je trébuche toujours, mais cette fois, sans vraiment m’en rendre compte, j’esquive agilement la racine et continue sur ma lancée. Je ne le réalise que quelques secondes après… Rapidement, beaucoup plus que d’habitude, je rejoins mon point de départ, le militairium. Je crois bien ne jamais avoir fait un aussi bon temps. Le pire, c’est que je suis à peine essoufflée ! 

      En sortant de la douche, enroulée dans une serviette blanche, je prends quelques secondes pour étudier mon reflet dans le miroir. Non pas comme je le fais tous les matins en me préparant, sans vraiment y faire attention, mais avec minutie. Je reste alors choquée de ce que je vois. Jusqu’ici, je n’étais pas vraiment consciente de mes changements, je croyais être restée la même mais non. En réalité, j’ai énormément changé. 

      Evidement, j’ai grandi. J’ai à peine dix-sept ans, comme tous les novices, donc je n’ai pas encore totalement terminé ma croissance, mais il n’y a pas que ça. J’ai un visage plus long, plus fin, j’ai perdu cette bouille ronde et enfantine. Mon nez est plus fin, mes pommettes plus saillantes, mes épaules plus carrées… Je suis beaucoup plus musclée qu’il y a quelques mois, j’ai pris de la poitrine, mon visage est plus sévère, moins naïf, mes traits plus fins et délicats. J’ai également remarqué que j’étais bien moins maladroite qu’avant. Je me rappelle soudain lorsque ma mère m’a prise par les épaules, il y a à peine un mois, juste avant la rentrée, et m’a dit avec fierté tout en me regardant : « Ma petite fille… Métamorphosée ! Tu es une jeune femme maintenant. Comme le temps passe vite… » 

    -Amy ? 

    Je me retourne, brusquement tirée de mes pensées. Christina est là, visiblement soucieuse. Je ne l’ai pas entendue arriver. 

    -Ca va ? me demande-t-elle. On s’inquiétait, June et moi. 

    -Oui, je suis allée courir, ça m’a fait du bien. Je pense que j’avais juste besoin de respirer. 

    Elle paraît soulagée. June arrive et attrape Christina par un bras. 

    -A vrai dire, j’adorerai continuer à bavasser ! dit-elle en tirant mon amie dans le dortoir. Malheureusement, nous avons cours et nous sommes déjà en retard de cinq minutes, imaginez le temps d’arriver à la logithèque… Donc on va laisser Amy s’habiller, parce qu’elle ne va pas y aller en serviette, puis on va y aller ! 

    J’attrape mes vêtements en quatrième vitesse et me rue hors du dortoir pour rejoindre mes amies qui m’attendent dans le couloir. Nous filons rapidement à la logithèque pour suivre notre cours puis nous rendons au suivant, encore de la médecine « d’urgence ». 

    Ce soir, nous avons décidé toutes les trois de ne pas parler à Jo de nos découvertes. Après tout, nous ne sommes sûres de rien, nous n’avons aucune preuve, il ne servirait donc à rien de l’alarmer alors que nous nous trompons peut-être. 

     

    *** 

     

      Mon réveil sonne à sept heures moins le quart. Je veux arriver en avance afin d’être sûre de ne pas manquer le départ pour la sortie de Jeck ! Soudain, je me souviens qu’Amar sera là lui aussi. Je ne l’ai pas vu depuis notre récente dispute. Je sais qu’il n’est pas rancunier mais, le sujet étant grave, je ne sais pas comment il va réagir. 

      Plus tard, tous les novices se rassemblent sur la place qui se situe devant le militairium. June et christina sont à ma gauche et Jo est juste derrière avec Mayson. Jeck se tient debout sur un rocher, devant la foule. 

    -Bien ! Il est huit heures ! s’exclame-t-il. J’espère que tout le monde est là car nous partons maintenant ! 

    Sur ces quelques mots, il se dirige vers la gare et nous lui emboîtons le pas. Je vois Amar passer à côté de moi. 

    -Heum… Salut… dis-je d’une voix hésitante 

    Je ne sais pas s’il m’a entendue. Il passe son chemin sans se retourner et va rejoindre Jeck, à l’avant du groupe. Peinée, je baisse les yeux et contemple le sol tout en continuant de marcher mécaniquement. Christina me presse doucement le bras pour me réconforter. 

     

    *** 

     

    -Je me demande où va le train ! s’exclame Christina, le nez collé contre la vitre 

    -Je ne sais pas mais Jeck à l’air très content de lui ! répond June en levant les yeux au ciel. En tout cas, il y a intérêt à ce que ce ne soit pas un musé ou quelque chose de ce genre parce que si c’est le cas, je rentre tout de suite ! 

    Jo éclate de rire et se tourne vers Mayson. 

    -T’inquiètes pas, elle est toujours comme ça ! C’est son caractère habituel. 

    Les deux garçons ne se quittent plus. Ils ont vraiment l’air de bien s’entendre et je trouve ça sympa. Ca rajoute quelqu’un à notre bande d’amis et, au moins, Mayson n’est plus tout seul. 

     

    *** 

     

      Nous sommes descendus du train et nous nous dirigeons vers un énorme terrain… Vide… Il y a quelques arbustes mais le reste n’est que tranchées et poussière. 

    -Voilà ! Je vous… Pardon, nous vous avons organisé une simulation de guerre ! Groupe A contre groupe B ! s’exclame Jeck 

    -Malheureusement, le groupe A possède un élève de plus à la base or, un novice du groupe B est absent, ce qui fait une différence de deux personnes. Je vais donc demander à quelqu’un de bien vouloir passer dans le groupe B afin d’équilibrer tout ça. 

    Jo lève aussitôt la main afin de rejoindre Mayson mais au même moment, Yonn lève la sienne. 

    -Heu… Bien, toi ! fait Jeck avec un vague signe de la main vers ce dernier 

    Il s’avance alors en lançant un regard goguenard à notre ami qui lui renvoie un regard noir. Je ne sais pas ce qui a bien pu se passer entre eux deux, mais ils se détestent. 

    -Parfait ! lance Amar. Goupe B avec moi et l’autre avec Jeck ! 

    La foule se sépare aussitôt en deux. Notre « chef » nous conduit jusqu’à l’un des petits bâtiments qui longent la clôture grillagée et en ouvre la porte. 

    -Enfilez ces combinaisons, dit-il 

    Nous obéissons puis ressortons une fois équipés. 

    -Ok, alors le but de cette simulation est très simple. La première équipe à perdre la totalité de ses membres à perdue. Vos pistolets sont chargés de minuscules fléchettes. Selon l’endroit où elles se plantent dans la combinaison, elles produisent un effet différent… explique-t-il. Si la fléchette arrive au niveau du cœur, des poumons ou de la gorge, vous vous évanouirez et resterez inconscient pendant quelques minutes, c’est l’équivalent de la mort dans une vraie guerre. Sinon, partout ailleurs vous ressentirez une douleur semblable à celle ressentie lors d’une blessure par balle mais en très atténuée et là, vous serez comme blessés. 

    Un garçon prend la parole. 

    -Habituellement quand on prend une balle en pleine tête, on meurt… 

    Jeck soupire. 

    -Oui, je sais. Mais là, on ne veut pas risquer d’endommager votre fragile petite tête alors vous aurez des casques et les fléchettes n’auront aucun effet si elles le touchent. Aller, maintenant, allons retrouver les autres. 

    Il se met en marche et nous le suivons pour rejoindre le groupe B, déjà rassemblé autour d’Amar. 

    -Chaque équipe à un bout du terrain ! s’exclame Amar. Bien, nous serons les arbitres, Jeck et moi, donc interdiction formelle de nous tirer dessus. De toute façon, cela ne nous ferait rien, nous n’avons pas la même combinaison que vous. Le corps à corps est également interdit, il s’agit d’une « guerre » fictive et non réelle, c’est clair ? Nous ne voulons pas de véritables blessés ! A présent, la partie peut commencer, mettez-vous en place, nous allons déclencher le chrono et allumer le mégaphone. 

      Aussitôt, tout le monde se précipite à un bout du terrain et fait feu au signal de Jeck. Je me rends alors compte que nous n’avons prévu absolument aucun plan et espère que le groupe B n’en a pas non plus. 

     

    *** 

     

      Je ne sais plus depuis combien de temps nous avons commencé la partie mais cela doit faire environ une heure. Nous étions vingt dans chaque équipe mais, pour l’instant, l’équipe B a sept « morts » et deux « blessés ». De notre côté, nous comptons quatre « blessés » ainsi cinq « morts » et Jo en fait malheureusement parti, il est donc éliminé.  

      Christina, June et moi rampons dans la poussière des tranchées afin de nous approcher le plus possible du camp ennemi. Nous nous relevons discrètement mais nous retrouvons nez à nez avec Yonn et un de ses acolytes. Le type, grand et brun, fait feu dans ma direction. Je me jette aussitôt à terre mais je suis touchée à la jambe gauche. Une douleur aiguë se répand alors dans toute ma cuisse. Je me traîne péniblement dans un coin pour me mettre à l’abri tandis que June réplique en faisant feu à son tour. Elle le touche en pleine poitrine et il s’écroule, la main sur le cœur mais le temps qu’elle se tourne, Yonn tire sur Christina qui n’a pas le temps d’esquiver et se fait toucher au cou. Elle pousse un petit cri de douleur et s’effondre à son tour. Yonn s’enfuit rapidement et June, trop énervée, le rate de quelques centimètres. Elle s’approche ensuite de notre amie. 

    -Evanouie. Si je retrouve ce sale petit… 

    -C’est bon, C’est le jeu ! je m’exclame. Au moins, nous avons pu éliminer l’autre gars. 

    Elle soupire et se redresse. 

    -Ca ne me plait pas de devoir la laisser là mais nous n’avons pas le choix… Allons-y. 

    Elle s’approche de moi et m’aide à me relever. La douleur est toujours présente, je ne sais pour combien de temps encore, mais je dois faire avec. 

     

    *** 

     

    -June ? June !! 

    Je la cherche partout. Nous avons été séparées à cause d’une embuscade tendue par le groupe B. Je continue de l’appeler puis je finis par me laisser tomber contre une sorte de petit rocher. La douleur à ma jambe commençait à disparaître mais j’ai été à nouveau touchée, presque au même endroit, et j’avoue que ça commence sérieusement à m’agacer ! De plus, j’ai fini par perdre le compte des « blessés » et des « morts », je n’ai donc aucune idée de ce qui se passe pour les autres, ni de quelle équipe est en train de gagner. 

    -Tiens, tiens… On se retrouve enfin ! lance une voix moqueuse. Dommage pour toi, la lâcheté n’a jamais été une très bonne tactique, du moins, pas à long terme. 

    Je perçois un mouvement près de moi et tourne vivement la tête dans cette direction. Je me retrouve face à Yonn, encore une fois. 

    -Je n’ai rien fait de lâche… dis-je, agacée 

    -Ah ? Parce que se planquer comme ça et attendre que les autres fassent tout le boulot ce n’est pas de la lâcheté peut-être ? 

    Je ne prends même pas la peine de répondre à sa provocation. Il sait très bien que je me suis fait tirer à deux reprises et, le connaissant, il aurait agi de la même manière s’il avait été aussi peu chanceux que moi. 

      Je dégaine mon pistolet et le pointe sur lui mais au moment où je tire, il m’envoie un violent coup de pied dans le poignet, déviant la fléchette vers son épaule, lui arrachant un cri de douleur. J’ai des fourmis dans les doigts et lâche mon arme. Tout en lui lançant un regard noir, je tente de récupérer mon arme mais il me tire dans le bras, m’empêchant de l’atteindre. Il s’approche ensuite de moi et me décoche un nouveau coup de pied mais cette fois plus violent et dans les côtes. Le souffle coupé, je roule sur le dos en me tenant le bras. Yonn a une expression mauvaise sur le visage. 

    -En règle générale, on évite de s’en prendre aux gens plus forts que nous… A l’avenir, tâche de t’en souvenir. 

    Il braque son arme sur moi et me tire dans le cou, tout comme Christina. Je suffoque à peine quelques secondes, juste le temps d’entendre une détonation et de voir Yonn s’effondrer à côté de  moi avant de sombrer dans l’inconscience. 


  • Commentaires

    1
    Vendredi 23 Mars à 21:56

    Ah oui ! J'ai oublié de modifier ça dans la version du blog : j'ai rajouté des cours de médecine... Rien de très approfondit, bien-sur, mais quand même quelques notions de premiers secours (qui leur seront bien utiles dans la suite d'ailleurs)

    2
    Samedi 24 Mars à 04:29

    Aaaaah c'est cool ! J'ai pas eu à attendre longtemps pour avoir la suite ! Excellent, cet exercice en conditions "presque" réelles ! très bien décrit, on s'y croirait... pour avoir eu des expérience similaire à l'armée... je m'y retrouve assez ! Enfin, moi, j'avais pas un Yonn en face ! Sacré enflure ce type ! Je sens qu'il va nous stresser un moment celui-ci ! Franchement, le trio de femmes est top ! Courage, entraide et amitié à toute épreuve, j'espère que le destin ne les séparera pas !

      • Dimanche 25 Mars à 19:15

        Chapitre suivant samedi prochain ;)

        Ah oui ? Tu as fait l'armée ? Service militaire ou autre ?? Raconte un peu, ça me donnera de l'inspi pour la suite ou pour corriger certains trucs ^^

        Merci beaucoup, c'est trop gentil tous tes commentaires, ça me touche ^^ T'es au top comme lecteur ! Et oui, malheureusement Yonn va rester un moment et Amy n'est pas au bout de ses peines (je n'en dirais pas plus, tu verras au fil de l'histoire) moi-même j'ai envie de le frapper des fois (oui, c'est moi qui ai créé ce perso et alors ???)

        Et enfin... GIRLS POWEEEEER !!!! 

    3
    Lundi 26 Mars à 20:52

    Samedi ? Cool ! Ça va très vite !

    Et ouais ! A quarante berges, j'ai eu le droit au service militaire à l'ancienne pour mes 22 ans... dans l'est ! Si je commence à te raconter mes 10 mois d'armée, j'ai bien peur de te souler rapidement... mais ça a été, pour moi, un bon coup de fouet ! cela ma remis dans le droit chemin et m'a permis de découvrir des valeurs nouvelles : Respect, camaraderie, soutient mutuel et dépassement ! Mais si tu as besoin de quoi que ce soit... n'hésite pas à demander... pour l'instant, ton récit est très crédible en ce qui concerne le militarium !

    En général, depuis que je suis sur Eklablog, quand je n'aime pas un blog ou un article, je ne commente pas... je ne vois pas trop l'intérêt de blesser les proprios de blogs... Mais quand j'aime... je le fais savoir ! Je te conseille, d'ailleurs, si tu n'y a pas pas encore posé les pieds, le blog de Reindeer... tu y trouveras les 4 premières parties d'un récit fabuleux : Cernunnos... C'est bien simple, je n'en lis que deux sur Ekla Celui-ci et le tien...

    J'me douter bien qu'il allait nous emmerder ce salopard de Yonn ! Il va rajouter du piment celui-là... c'est du tout bon pour ton histoire !

    Je ne crierais pas Girls power... non, non, non... je tiens à préserver ma masculinité un maximum ^^

    Bonne soirée Amy !

      • Mercredi 28 Mars à 19:56

        Ah cool ! J'avais justement peut que ce soit trop "gentillet" tu vois pour des militaires ^^" Et oui je t'enverrai un msg si besoin !

        Je vais aller faire un tour pour voir ce que c'est que Reindeer ;)

        Bonne soirée à toi aussi !

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