• Chapitre 17

      Nous nous rendons June, Christina et moi à l’atelier « histoire et adaptation » afin de nous renseigner d’avantage sur la Surface. Nous apprenons énormément de choses telles que les saisons, la météo avec le vent, la pluie, les nuages… Nous apprenons comment fonctionne naturellement l’environnement. On nous parle des zones encore exposées au nucléaire ou des zones où la pollution est encore si présente qu’il est impossible d’y vivre car l’air est irrespirable et la terre ainsi que l’eau sont devenues toxiques. On nous montre les cartes des zones de guerre, des zones désertiques, des forêts, des montagnes ainsi que des villes surfacéennes, neutres comme ennemies. Nous revoyons également l’histoire de nos ancêtres.

      J’ai l’impression que nous y avons passé la matinée. Lorsque c’est terminé, il est temps d’aller au réfectoire pour reprendre des forces. Nous décidons ensuite de nous rendre aux ateliers de techniques de combat. Du corps à corps, de la boxe, du krav maga… Nous passons le reste de la journée à peaufiner notre maitrise dans différentes techniques. Durant ces différentes activités, comme nous sommes entre nous, June fait des blagues pour nous faire rire Christina et moi comme pour essayer de détendre l’atmosphère mais je vois bien qu’elle-même est anxieuse… En même temps, qui ne l’est pas ?

      Le soir, lorsque nous regagnons le dortoir, je vois une fille recroquevillée dans un coin, le visage ravagé par les larmes.

    -Pfff… Elle s’est engagée dans l’armée. Si on devient militaire, c’est bien pour aller au combat ! marmonne June en lui jetant un regard noir

    -Oui mais personne ne pensait que ça se passerait comme ça… Avec le peu d’expérience que l’on a, nous avons plus de quatre-vingt pourcents de chances d’y rester… Si on s’en sort, ce serait un miracle… murmure Christina

    Elle se détourne et va se coucher toute habillée. June se fige un instant puis elle tourne les talons et passe prendre une douche. Je me retrouve donc seule, rattrapée par la vérité de ce qui nous attend. Je ne sais pas vraiment quoi faire car il n’y a justement rien à faire. J’imite donc Christina et vais m’enfouir sous mes draps.

    ***

      Je me réveille en sursaut, tirée du sommeil par je ne sais quoi. Une lumière s’allume à l’autre bout du dortoir et, dans la pénombre environnante, je constate que nous sommes toutes éveillées. Ce n’était donc pas un cauchemar ou je ne sais quoi d’autre… Mais alors, qu’est-ce que c’était ?

      Tout le monde sursaute lorsque que le cri de quelqu’un à l’extérieur brise le calme de la nuit. Un cri de terreur. Une voix féminine. On entend alors des hommes crier également comme s’ils l’appelaient. Tandis que chacune retient son souffle, je me lève brusquement et me précipite pour écarter les rideaux de nos grandes fenêtres puis je me colle à la vitre, le cœur battant à tout rompre.

      Là, dans la pénombre, éclairée par la faible lueur des lampadaires, je vois une silhouette courir. Deux autres, plus massives, la suivent en criant puis le canon d’une arme brille sous la lumière, un coup de feu retentit et la fille s’effondre. Je me retourne brusquement, les oreilles bourdonnantes, et parcourt le dortoir des yeux. Les autres filles se sont précipitées aux fenêtres en entendant le coup de feu. Elles sont toutes là. Toutes, sauf une… La fille aux cheveux longs qui pleurait toutes les larmes de son corps il y a à peine quelques heures.

    -Oh mon dieu… je murmure horrifiée en planquant une main sur ma bouche

      Je me retourne et scrute à nouveau au dehors. Autour de moi, les autres filles murmurent frénétiquement sans que je comprenne un mot de ce qu’elles disent. Je viens de voir une de mes camarades se faire abattre. Elle qui avait si peur de mourir à la Surface, elle est morte sous terre avant d’avoir pu faire quoi que ce soit. Elle est morte à dix-sept ans à peine.

      Toujours sous le choc, je vois l’un des deux hommes prendre le cadavre par les bras et le tirer sur le sol puis disparaître à l’angle du bâtiment. Je sursaute en entendant une fille éclater en sanglots, juste à côté de moi.

    -Oh non ! Non, non, non ! Cyndie ! Qu’est-ce qu’ils lui ont fait ? Mais qu’est-ce qu’ils lui ont fait ?

    Une autre fille entoure ses épaules avec son bras et tente de la réconforter. Je me tourne vers June, elle fixe toujours les traces laissées par le corps dans la poussière.

    ***

      Le lendemain, le lit de la fille est toujours vide. Elle est bien morte… Mais pourquoi ? Qu’avait-elle fait ? Qui étaient ces hommes ?

      Je descends au réfectoire, la tête pleine de questions, mais je n’arrive pas à avaler quoi que ce soit. Je ressors donc à toute vitesse, bien décidé à trouver mon frère. Je pense qu’il doit être au bord du lac, il y est souvent, mais lorsque je tente de sortir, trois hommes armés me barrent le passage. Ils portent des uniformes gris qui ne ressemblent en rien à ceux du militairium. Je fais mine de protester mais l’un d’eux me repousse violemment et claque la porte. J’ai tout juste le temps d’apercevoir des ouvriers installant de gigantesques clôtures grillagées avec des barbelés au sommet tout autour du bâtiment. Comme pour une prison.

      Je me rends d’un pas vif à la salle d’armement pour y trouver Jeck.

    -Où est mon frère ? Il faut que je lui parle ! dis-je sans préambule

    -Il… Il est à la piscine intérieure mais…

    -Merci !

    Je repars aussi vite que je suis arrivée, sans lui laisser le temps de terminer sa phrase.

      Je retrouve Amar à l’endroit que Jeck m’avait indiqué. Il est assis sur un plot et fixe ses pieds dans l’eau. Je retire mes chaussures et m’assoie sur le plot d’à côté. Nous gardons le silence durant un moment puis je le brise, incapable de me taire plus longtemps.

    -Amar. Que… Que s’est-il passé cette nuit ? Qui sont les hommes qui gardent les entrées ? Pourquoi installent-ils des clôtures ? Et pourquoi ne pouvons-nous pas sortir ?

    J’ai parlé d’une voix douce mais face au silence persistant de mon frère, je sens mes nerfs qui commencent à lâcher.

    -Mais bon sang Amar ! Qu’est-ce qu’il se passe à la fin ?! Pourquoi tout change d’un coup ? Et pourquoi vous n’arrêtez pas de nous cacher des choses ? Ca devient n’importe quoi !

    Il relève la tête et tourne son regard vers moi. L’expression attristée de son visage me bouleverse au plus profond de moi. Mon frère est un roc, c’est mon pilier depuis toujours. Il est toujours serein et c’est lui qui me calme quand rien ne va. Si quelque chose peut l’atteindre à ce point, ça ne présage rien de bon.

    -Calme-toi Amy… Nous n’y sommes pour rien ! se défend-il. C’est le gouvernement !

    Il marque une brève pause pour souffler.

    -Bien… Ces hommes font parti de la Garde, des sortes de militaires particuliers qui protègent corps et âme les membres du gouvernement. On nous en a envoyé une vingtaine afin de «protéger le bâtiment» mais on sait tous que c’est surtout pour empêcher toute tentative de fuite…

    -Quoi ? Mais pourquoi voudrait-on fuir ?

    -L’annonce d’hier vous a tous secoués. Cette nuit, une fille qui ne supportait pas l’idée de partir au combat aussi tôt a tenté de s’enfuir. Ils l’ont rattrapée, ils ont voulu la raisonner mais elle n’écoutait pas, elle courrait sans s’arrêter alors, à défaut de pouvoir la maîtriser, ils l’ont tuée car pour eux (il insista bien sur ces deux mots), il n’y avait pas d’autres solutions. Elle allait raconter la vérité à tout le monde et semer la pagaille dans notre cité. Si tu savais à quel point c’est difficile d’avoir autant de personnes au courant à propos de la Surface et de réussir à leur faire garder le silence pour épargner cette vérité aux autres…

    -Quoi ? Alors tu approuves ?

    -Non ! s’exclama-t-il avec brutalité. Personne ne peut tolérer une chose pareille, Amy ! Pour moi, il y avait une autre solution mais ce n’est malheureusement pas moi qui décide. Non, tout ce que je veux, c’est que tu comprennes pourquoi ils ont fait ça et que tu t’en souviennes afin de ne rien faire d’insensé.

    -Je suppose que les barrières autour du militairium sont là pour empêcher que ça se reproduise…

    Amar hoche la tête avec gravité.

    -Le gouvernement a ordonné à ses soldats d’abattre quiconque voudrait s’enfuir, risquant ainsi de détruire la paix de la cité.

      Dégoutée et incapable d’en entendre d’avantage, je me lève et quitte la pièce, mes chaussures à la main.

     

     


  • Commentaires

    1
    Samedi 21 Avril à 12:56

    Whow !! La tension monte d'un cran... Comme en 14 ! Pas de déserteur ! Toujours aussi passionant0... et ce pauvre Amar qui se retrouve pris entre deux feux ! Et pas de nouvelle de mon personnage préféré... bon chapitre Amy ! Je parlais de Yonn bien sûr !

    Bon Week la miss !

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