• Chapitre 19

      Nous sommées réveillées à quatre heures du matin par une alarme qui résonne dans tout le militairium. Elle s’éteint rapidement et nous comprenons que nous devons nous lever. Au pied de nos lits, nous trouvons de grands sacs à dos de toile beige visiblement remplis de vivres et, à côté, des uniformes complets, couleur sable. Chacune s’habille en silence après être passée sous la douche. Les filles aux cheveux longs les attachent, pour ma part, je les tresse à la manière africaine, puis nous jetons le sac sur notre dos avant de descendre au réfectoire, abandonnant toutes nos affaires personnelles derrière nous.

      Jo et Mayson arrivent à la table quelques secondes après nous. Nous mangeons dans un silence total puis, à cinq heures, tout le monde sort et se rassemble devant le bâtiment. En observant les gens qui m’entourent, je constate que nous portons tous le même uniforme, y compris les instructeurs et les militaires qui étaient jusqu’ici restés au militairium.

      Comme à son habitude, Jeck prend les devants. Il se place face à la foule silencieuse et s’adresse à elle d’une voix claire et forte.

    -Tout le monde est là ? Je l’espère car le gouvernement va faire fouiller le bâtiment à notre départ et quiconque sera retrouvé caché là-bas sera considéré comme déserteur et donc sévèrement puni. Bien… Nous allons être conduits par ces messieurs (rapide coup de tête en direction des gardes vêtus de noir qui nous entourent) jusqu’à la plateforme d’envol. Eh oui, nous allons prendre un aérodrône pour remonter à la Surface. Une fois là haut, je vous rappelle que vous aurez droit à une journée pour vous adapter à ce nouvel environnement mais, dès demain, votre travail commencera. Allons-y maintenant, il est l’heure.

    J’aperçois Amar et Shaya, accompagnés par d’autres personnes que je ne connais que de vue, qui rejoignent Jeck.

      Bientôt, la foule se fait encadrer par d’autres gardes sortis d’on ne sait où. Ces derniers nous poussent pour nous ranger de telle sorte qu’on forme un rectangle parfait. Nous nous mettons alors en marche, chacun se callant sur le rythme d’un autre, comme on nous l’a appris aux ateliers, si bien qu’en quelques secondes nous marchons tous du même pas avec une cadence identique. Nous avançons ainsi près de dix minutes mais nous sommes proches de l’aérogare et bientôt, un garde s’arrête devant une lourde porte blindée, compose un code, et nous regardons l’immense panneau métallique s’écarter latéralement et disparaître dans le mur avec une sorte de vrombissement. Nous entrons alors dans le bâtiment fondu dans la roche. Les gardes nous guident à travers des dédales de couloirs et de salles jusqu’à arriver à l’entrée d’un gigantesque tunnel. Je n’en ai encore jamais vu d’aussi grand. Il monte en pente douce et à son entrée sont posés une bonne vingtaine d’aérodrônes. Ca non plus je n’en avais jamais vu… Pas en vrai en tout cas. Ils sont gigantesques, de forme triangulaire avec de grandes hélices un peu partout et un immense réacteur à l’arrière. D’une couleur gris-clair et mâte, ils sont assez épais et hauts avec des sortes de pattes métalliques qui les surélèvent au dessus du sol. Au dessous de leur coque, il y a une sorte de trappe. Cette dernière s’ouvre quand nous approchons et une pente métallique descend à nos pieds avec un bruit de mécanique.

      Les gardes s’écartent, nous répartissent dans les engins avant de grimper à leur tour. Tout le monde prend place dans les fauteuils de cuir synthétique, lève les bras pour attraper les lourds harnais de sécurité et les abaisser. Il y a un déclic. Ca y est, ils sont verrouillés et ne nous libéreront qu’une fois arrivés à destination. Les lumières baissent en intensité, la pente se rétracte et la trappe se ferme. Une voix robotique au timbre masculin annonce par les hautparleurs :

    -Décollage dans cinq, quatre, trois, deux, un…

    Un bruit de moteur se fait entendre, le réacteur se déclenche et un petit soubresaut secoue l’aérodrône lorsqu’il s’élève au dessus du sol. Un léger grincement nous indique que les « pattes » se sont également rétractées.

      Dans la machine, il n’y a aucune fenêtre mais, même sans voir au dehors, on sent que l’aérodrône prend de la vitesse tandis qu’il bascule légèrement en arrière. Mon dos se plaque contre le dossier du siège et je plante mes ongles dans l’assise. C’est la première fois que je monte dans l’un de ces machins, j’avoue que je suis loin d’être à l’aise… L’absence de hublots vient renforcer mon angoisse, je préfèrerai de loin pouvoir regarder ce qui se passe à l’extérieur.

      Je relève la tête et scrute les visages de mes compagnons. Christina se trouve entre June et moi, juste à ma droite. Elle a fermé les yeux et semble prête à s’endormir. June, elle, garde un visage impassible mais je vois dans ses yeux une étincelle d’excitation, elle semble plutôt à l’aise. A ma gauche, Jo semble plongé dans ses pensées mais lorsqu’il voit que je l’observe, il m’adresse un sourire. Mayson lui chuchote quelque chose et il rit doucement. Ils se plongent ensuite dans une discussion à voix basses et je me détourne d’eux. Autour de nous, d’autres les imitent, incapable de taire leur excitation ou leurs craintes plus longtemps. Je finis par me détendre, appréciant cette atmosphère un peu tamisée : le ronronnement des réacteurs, les faibles lumières, la rumeur des chuchotements… Tout cela me berce et je finis par sombrer dans un demi-sommeil.


     


  • Commentaires

    1
    Jeudi 10 Mai à 12:28

    Top le décollage ! Très immersif ! J'attends la surprise du réveil et la description de la surface avec impatience  !

      • Samedi 12 Mai à 11:12

        C'est un chapitre un peu court, heureusement qu'il te plait ! ;) 

        Tu vas avoir la réponse aujourd'hui !!! :D

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