• Chapitre 8

    -Debout ! me souffle une voix à l’oreille

    J’ouvre les yeux. Christina et June se tiennent à côté de moi.

    -Dépèche-toi ! Dans dix minutes, tout le monde sera réveillé et les douches prises d’assaut ! s’exclame Christina

    Je repousse mes draps et sors de mon lit en baillant. Je les suis dans la salle de bain en traînant des pieds et tire le rideau de la douche.

    ***

      Jo nous rejoint au réfectoire alors que nous avons presque finit. Il a des cernes immenses et très marqués sous les yeux. Il se laisse tomber sur une chaise, un simple verre de jus d’orange à la main.

    -Tu ne manges pas ?  s’inquiète Christina

    -Pas faim… marmonne-t-il

    Je me penche vers lui.

    -T’as mal dormi ? Quelque chose ne va pas ?

    Il secoue négativement la tête. June hausse un sourcil interrogateur mais n’insiste pas. Le silence s’installe alors à notre table jusqu’à ce que je me lève en frappant dans mes mains.

    -Bon ! Et si on y allait ? On a encore un cours de natation.

      Les visages se crispent. Le souvenir du bassin glacé est encore bien présent.

    ***

      Nous arrivons dans l’immense gymnase, passons aux vestiaires puis nous nous réunissons dans la salle de la piscine intérieure où Amar nous attends, déjà sur le bord du bassin. Il est habillé d’un jean gris retroussé jusqu’aux genoux et un t-shirt bleu turquoise aux manches également retroussées. Les muscles de ses bras et de son dos ressortent sous le tissu et il paraît plus imposant qu’il ne l’est déjà.

    -Bien ! dit-il. Tout le monde est là ? En tout cas, je l’espère car je ne vais pas faire l’appel ! Ici, vous bossez si vous voulez ou vous séchez, on ne va pas venir vous chercher ! Personnellement, je vous conseille la première option si vous voulez passer votre deuxième trimestre ici. Enfin bref… Répartissez-vous sur le bord du bassin et à l’eau !

    Comme au dernier cours, chacun entre d’une manière différente mais non sans une certaine prudence. Heureusement, l’eau ici est chauffée et donc chaude comparée au bassin extérieur.

      Le cours est d’une simplicité surprenante. Nous revoyons les bases et refaisons quelques exercices vus hier qui nous paraissent bien plus simples lorsqu’on n’est pas transis de froid.

      Le cours suivant est un cours de logique. Il est particulièrement compliqué et fait appel à toutes nos capacités intellectuelles et imaginatives. Pour la première fois, nous devons essayer, par groupes de deux, de faire notre premier plan d’attaque. Christina et moi nous creusons la cervelle tandis qu’à la table d’à côté, Jo passe ses nerfs sur June qui n’hésite pas à l’envoyer balader.

      Au bout d’un moment, la prof, Sahya, n’y tient plus et menace de les mettre dehors. Ils se taisent et travaillent en silence, non sans se lancer mutuellement des regards noirs. Lorsque la prof nous dit que nous pouvons ranger nos affaires, c’est un soulagement collectif. En effet, ici, il n’y a pas de sonnerie. Cela dérangerait trop les autres résidents…

      La journée passe à une vitesse folle, encore une fois. Lorsqu’arrive le week-end, j’ai encore l’impression d’être en milieu de semaine… Le temps passe si vite ici ! Il y a toujours quelque chose à faire.

      Le samedi matin, mon réveil sonne à sept heures. Je me dépêche de l’éteindre et me glisse hors de mon lit avec souplesse puis enfile une tenue de sport, ma seule encore propre, constituée d’un legging noir, d’un débardeur rouge, de baskets et d’un sweat-shirt également noir. Au moment où je m’apprête à sortir du dortoir, j’entends quelqu’un se lever et s’approcher de moi. C’est June. Elle a l’air endormie et chuchote pour ne pas réveiller les autres.

    -Qu’est ce que tu fais ? On est samedi !

    Je souris.

    -Je sais mais je voudrais continuer à m’entraîner. T’as bien vu comment je me suis loupée hier à la muscu !

    Elle rit puis retourne se coucher.

      Je me dirige alors vers le gymnase puis marque une pause. Pourquoi pas un footing en extérieur pour commencer ? Histoire de bien se réveiller…

    ***

      Comme toujours, je me prends les pieds dans le nœud  de racines en haut des escaliers mais au lieu de m’énerver, comme d’habitude, je me rattrape en éclatant de rire. Ça fait du bien de retrouver quelque chose de familier. Tout change si vite…   

      Au bout d’une demi-heure, ma montre sonne. Habituellement, c’est parce que je dois rentrer chez moi mais là, c’est parce que j’ai tout un programme. Je retourne donc au Militairium et cours jusqu’au gymnase. Je suis en sueur et une soif atroce me brûle la gorge. Je me précipite donc aux toilettes pour boire au robinet.

      Je ressors et me dirige vers la salle de musculation. Lorsque j’entre, je heurte de plein fouet la fille aux cheveux étranges.

    -Désolée. Je ne t’avais pas vue, dis-je

    Elle me sourit gentiment.

    -T’inquiètes pas… Je ne me formalise pas pour si peu… Au fait, je m’appelle Indie.

    -Et moi, c’est Amy… Amy Kaay.

    Elle affiche une mine surprise.

    -T’es la sœur d’Amar ?

    -Oui… dis-je en rougissant légèrement

    -Il est vraiment génial ! Super sympa, intéressant… Bref, un super prof !

    -Ah, merci !

    -Bon, je te laisse. Au revoir mini Kaay !

    Sur ce, elle tourne les talons et s’en va.

    ***

    -Aller ! Debout !

    -NAN !

    -Amy Kaay ! Je te demande gentiment de te lever ! dit Amar, tentant de garder son sang froid

      Je suis étalée sur le parquet de la salle de boxe, exténuée et à bout de souffle.

    -Je suis au bout du rouleau !

    Je vois mon frère soupirer.

    -Il est midi… Vas manger, c’est bon…

    -C’est vrai ? je m’exclame

    Je me lèvre d’un bond et me précipite vers la porte mais une main attrape mon bras, me retenant.

    -Mais !...

    -Tu vois ? dit Amar, un sourire sadique sur le visage. Tu n’es pas au bout du rouleau ! Je te vois soudain pleine d’énergie et…

    -J’m’en fiche ! J’ai faim !

    -Opopop, petit ventre ! On se calme. Il n’est qu’onze heures… Il nous reste donc encore une heure, rien que toi et moi !

      Il m’adresse un clin d’œil et je laisse échapper un gémissement.

    ***

    -Mon frère est un sadique et un odieux psychopathe !

    June et Christina éclatent de rire et Jo me demande, le sourire aux lèvres.

    -Qu’est ce qu’il t’a fait ?

    -Deux heures de tortures ! J’ai eu le malheur de le croiser à la salle de sport…

    Je suis littéralement avachie sur la banquette du réfectoire. J’ai englouti mon plateau en quelques minutes et là, je me repose, tout simplement !

    -Je pensais aller courir après le repas, ça te dit ? lance June d’un ton moqueur

    Je la fusille du regard, lui faisant bien comprendre que je refuse catégoriquement. Elle hausse les épaules en souriant.

    ***

      Après le repas, je m’étale sur mon lit.

    -J’ai mal partout !

    -Arrête de râler ! lance Christina en rangeant ses vêtements propres

    -Mais j’ai maaal !

      Soudain, un choc sourd ébranle tout le dortoir. Je me redresse vivement. Christina recule mais un deuxième choc plus violent la fait tomber contre l’armoire. Une alarme stridente retentie alors et les portes du dortoir s’ouvrent violemment sur des militaires armés avec des gilets pare-balles.

    -Suivez-nous ! Vite ! C’est un code d’urgence ! crie l’un d’eux

      Tout le monde se précipite dans le couloir et nous nous retrouvons emportées par la marrée de personnes se précipitant vers les étages inférieurs.

      Nouveau choc.

      Le militairium tremble sous l’impacte. Tout le monde hurle et Christina se retrouve projetée contre un mur. Je joue des coudes au milieu de la foule en panique et arrive enfin à la rejoindre.

    -Ça va ?

    Elle est un peu sonnée. Je l’aide à se relever et elle s’appuie sur moi. Derrière nous, des militaires suivent la foule et je ralentis jusqu’à me retrouver à leur niveau.

    -Où est-ce qu’on va ?

    L’un d’eux tourne la tête et dit :

    -Au bunker !

    -Mais pourquoi ? Que se passe-t-il ?

    Cette fois, il garde le silence et me fait signe d’avancer.

      Les ascenseurs sont bloqués et, peu à peu, les lumières s’éteignent.

    -En cas de destruction de bâtiments, nous ne voulons pas risquer le déclenchement d’un incendie alors on coupe l’électricité… explique un autre militaire en me voyant me crisper

    Arrivée au rez-de-chaussée, la foule s’engouffre dans les escaliers de secours qui descendent aux sous-sols. Nous sommes à environ quatre ou cinq étages sous-terre… Enfin, encore plus sous-terre. Tout le monde entre dans le bunker en se courbant légèrement. Les murs et le plafond sont épais, les portes blindées, tout est en béton, la pièce est vide, sans le moindre meuble ou objet. Juste quelques néons blancs au plafond (qui est assez bas d’ailleurs) et de petites ampoules rouges luisant au bas des murs, sur le sol.

    -June… murmure soudain Christina, reprenant peu à peu ses esprits. Elle est claustrophobe ! Il faut qu’on la retrouve et qu’on la rejoigne !

    Nous nous mettons à sa recherche, bousculant des gens pour nous frayer un passage au hasard dans la pièce.

    -Elle est là ! crie mon amie

    Elle court alors vers elle.

      Livide et tremblante, June est assise sur le sol dur et froid, dos au mur, et semble visiblement faire de gros efforts pour ne pas s’enfuir.

    -Tout le monde est là ? demande Jeck, criant pour couvrir le vacarme de la foule tandis qu’on nouveau choc ébranle à nouveau la pièce. Si vous constatez l’absence de quelqu’un n’hésitez pas à nous prévenir et vite…

    Il marque une pause. Dans ce bruit, il ne risque pas d’entendre quoi que ce soit. Amar se dresse alors à ses côtés.

    -SILENCE ! hurle-t-il

    Tout le monde se tait immédiatement.

    -Merci… dit Jeck. Alors ? Personne ne manque à l’appel ?

    Seul le silence lui répond.

    -Parfait !

    Il fait signe à quatre militaires qui se dirigent vers les lourdes portes et les ferment. Les néons s’éteignent à leur tour et seul les petites ampoules rouges continuent d’éclairer faiblement la pièce. Tout le monde s’assoit alors sur le sol de béton et attend, sans oser parler.

      Christina frotte vigoureusement les épaules de June qui garde les yeux fermés. Elle lui chuchote parfois quelques mots à l’oreille pour l’aider à se calmer. Jo, lui, est à quelques mètres et parle avec Mayson à voix basses. Je me lève donc et m’approche d’Amar.

    -Qu’est-ce qu’il se passe ?

    Il se dandine légèrement, l’air gêné.

    -Mais quoi à la fin ? Pourquoi personne ne dit rien ?! dis-je, commençant à m’énerver

    Mon frère soupire.

    -Selon tes résultats, tu ne seras pas envoyée aux mêmes endroits ni aux mêmes missions. Tu peux maintenir l’ordre, combattre les autres villes souterraines, créer des plans de guerre etc… Mais il y a aussi autre chose de très important mais cela doit rester secret, ordre du gouvernement…

    Je soupire à mon tour, levant les yeux au ciel.

    -Bon ok, j’abandonne ! Mais le bunker, il n’y a que les gens qui se trouvaient dans le militairium qui y sont. Où vont se réfugier les autres ?

    -Il y a plusieurs bunkers un peu partout sous notre ville, au moins un dans chaque quartier. Ils sont tous reliés les uns aux autres par des réseaux de galeries comme ça s’il y a un éboulement dans le quartier A, par exemple, et que les sorties du bunker sont bloquées, les réfugiés de ce bunker pourront emprunter les galeries et ressortir sains et saufs par le bunker F, explique Amar

    -Waouh… C’est très organisé !

    -Vu les conditions dans lesquelles on vit, il vaut mieux oui… Ah ! Shaya est là-bas, il faut que je lui parle. A plus sœurette !

     

    Et il s’éloigne. Je retourne donc au près de mes amis.


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